[AUSTRALIE] La vie à Melbourne, par Yann

Sur ce blog on parle essentiellement de Londres, mais pas seulement. Vous avez sûrement remarqué que les sujets sont aussi divers que mes centres d’intérêt. La toute nouvelle catégorie Interviews d’expats vient donc venir s’ajouter pour voyager davantage dans le monde, sans limiter la zone au UK, et ce grâce aux témoignages d’autres expatriés Français! Et comme je n’aime pas faire les choses à moitié, c’est en Australie que nous commençons cette rubrique. Yann s’est expatrié à Melbourne il y a 7 ans, il a accepté de réaliser cette interview pour nous raconter son expérience.

Quand as-tu quitté la France ?

C’était le Mercredi 7 Février 2007, une très longue journée. Après avoir passé la nuit à rêver que je ratais mon vol mon réveil a finit par sonner. Le départ s’est finalement bien passé, l’arrivée un peu moins: mon université d’accueil et ma logeuse se sont mal compris si bien qu’à l’aéroport de Melbourne j’ai attendu de très longues minutes. Pas moyen de joindre la logeuse, pas de Google Maps sur mon vieux téléphone. Après vingt-cinq heures de trajet et deux autres à attendre quelqu’un qui semble-t-il ne viendra pas on se sent un peu fatigué. On doute.
Partir à l’aventure c’est ça aussi, il faut prévoir un plan B, moi j’en avais pas alors j’ai pris la navette pour le centre-ville et comme je me rappelais vaguement où ma destination était sur la carte j’ai marché, avec ma caravane sur le dos. J’avais pas bien conscience de l’échelle (quel con, j’aurais vraiment pu prendre un taxi) mais heureusement il faisait beau et il y avait un peu d’air (Février c’est plutôt cuisant à Melbourne), le plaisir de la découverte était bien là. Après quelques heures moins une pause repas je suis arrivé au 13 White Street, et ce coup ci j’ai bien dormi, seize heures.

Pourquoi as-tu choisi de t’installer à Melbourne et qu’y fais-tu ?

Je suis venu pour étudier. Mon cursus en France bien que très satisfaisant jusque là menaçait de l’être beaucoup moins et celui proposé par le RMIT (Royal Melbourne Institute of Technology) m’a permis de faire un Master sur des sujet plus alignés avec mes aspirations professionnelles. Passer quelques années dans un pays anglophone est plutôt un bonne chose aussi.
Après ça j’ai rejoins une boite sur place qui fait de la recherche en intelligence artificielle pour le secteur de la défense.
Alors bien sûr une fois qu’on est bien installé, en couple, et avec un bon travail, on reste ne serait-ce que quelques années de plus.

Mon chez moi (non, pas le paté entier)

Mon chez moi (non, pas le pâté entier)

Quelles principales difficultés as-tu rencontré lors de ton installation ?

Sauf pépins imprévus la langue est probablement le point de plus difficile quand on s’implante à l’étranger. J’ai pris conscience qu’il y avait deux niveaux de maîtrise: Suivre des cours, lire des livres, rédiger des devoirs, s’exprimer rapidement et sans erreurs, j’y étais presque en arrivant et ça s’apprend très vite. L’environnement universitaire est facilitant pour ça, c’est cadré. Mais dans la vie sociale c’est tout autre chose: quand cinq personnes parlent d’une manière un peu animée, que les remarques fusent en argot, avec des références culturelles imbitables, et qu’on ajoute un peu de musique de fond, pas fort hein, juste pour l’ambiance, là c’est dur de suivre. Plus frustrant encore peut être est la difficulté à modeler son langage pour exprimer sa personnalité. Ça à l’air de rien comme ça, après tout c’est le contenu qui compte pas vrai? Mais après quelques mois à s’exprimer un peu fadement, particulièrement si on a pas de contacts Français locaux, ça peu devenir pesant.

La vie sociale peut justement être un peu lente ou creuse au début aussi. Quand on grandit dans un pays on forge naturellement des liens avec ceux qui nous entourent parce qu’on vit des choses ensemble, en particulier notre scolarité. C’est bien pour ça que certains séminaires d’intégration sont faits pour être éprouvants. Mais quand chacun gagne en indépendance ces occasions sont plus rares. Alors on rencontre plein de gens sympas, ça c’est pas difficile, mais sans le contexte pour motiver un investissement ça reste bien souvent superficiel. Heureusement Melbourne est pleine d’étrangers alors vous serez pas le seul, du coup ça compense un peu surtout au début. Mais sur le long terme à moins d’être franchement antipathique on forme forcément des liens.

Les problèmes de visa sont courants aussi, sans être du niveau des US en la matière l’Australie est assez stricte et procédurière. Certains visas sont relativement rapides à obtenir (vacances, étudiant) mais le visa de résidence permanente est un trou noir administratif. Quand j’ai postulé pour le mien (fin Octobre 2010) le temps d’attente officiel était de six mois, je les ai rappelé un an plus tard et là on m’a dit qu’il en étaient encore à traiter les dossiers de 2007, gloups! Puis en Mai 2013 finalement il est arrivé comme une fleur. Ce serait pas si embêtant si durant toute cette période je n’avais pas été contraint de demander une permission temporaire à chaque séjour hors du pays (un visa dans le visa, payant lui aussi), heureusement les agents du département d’immigration sont souvent compréhensifs. Et ça résume bien la situation générale: le système est parfois rageant mais bien souvent il est possible de trouver quelqu’un de raisonnable et serviable à qui parler.

En dehors de ça je sais que beaucoup galèrent un peu à trouver du travail, y’a des petits boulots saisonniers à grappiller deci-dela mais quand il faut trouver un poste solide la compétition est rude si vous n’avez pas une compétence particulière à faire valoir (votre langue peut-être?), heureusement l’Australie est plutôt bien disposée envers les Européens donc je ne pense pas qu’il y ai à craindre une discrimination.

Melbourne est aussi une ville à forte croissance ce qui signifie un marché de l’immobilier assez coupe-gorge. Ça reste moins cher qu’à Paris tout de même, et bien souvent un appart milieu de gamme à Melbourne ou en banlieue proche sera bien plus agréable que son homologue Parisien.

... Et ce qu'on y voit depuis le hublot

… Et ce qu’on y voit depuis le hublot

Peux-tu citer 3 choses que tu adores à Melbourne ?

En bon snob culinaire je me dois de saluer avant tout la diversité et la qualité des restaurants. Bien sûr on est jamais à l’abri d’une mauvaise expérience mais globalement il y a une vrai culture culinaire. C’est pas tant la qualité des produits ou le savoir-faire mais la volonté de faire de son mieux, d’innover. En comparaison la restauration Française quotidienne me parait moins passionnée, comme si après s’être entendue dire qu’elle était mondialement reconnue elle avait un peu baissé les bras.

Le niveau de vie est bon, que ce soit services publics, culture, logement, transport, sécurité, infrastructure, etc, il y a rarement à se plaindre. La ville elle même est très agréable d’ailleurs, même en plein centre on se sent jamais pris dans le béton ou perdu dans une fourmilière. Le plan urbain est aéré (c’est qu’il y a de la place en Australie) mais offre aussi des coins plus cachés comme ces arcades de traverses.

J’apprécie aussi l’ambiance plutôt relax des mentalités. C’est dur de généraliser mais on sent une certaine décontraction. A Paris je ne taperai pas la discut’ avec un(e) inconnu(e) comme ça, au débotté, mais à Melbourne ça se fait, à l’occasion.

… Et 3 choses que tu n’aimes pas ?

Les étés sont vraiment très chauds. Ça peut paraître anodin et certaines personnes ont un métabolisme plus tolérant, mais quand la température ne passe pas en dessous de 35 pendant deux semaines, avec des pointes à 43-46 ça fait mal. Même en restant assis à l’ombre on crève. D’ailleurs chaque année les chauve-souris (qui sont noires et dorment parfois au soleil les pauvres bêtes) tombent raides-mortes sur le sol…

Peut-être un plus pour certain: la culture de la grosse beuverie (probablement un héritage anglo-saxon à en juger par SWITG.me). Tous les vendredis et samedis soirs ça picole jusqu’à rouler sous la table. Tout-un-chacun n’est pas à l’abri de quelques cuites de jeunesse, mais de la à en faire un événement hebdomadaire c’est un peu pousser le bouchon (qu’est-ce qu’on s’marre!). Alors en pratique c’est rarement un problème, chacun s’amuse comme il veut, c’est simplement un de ces petit décalages culturels qui fait qu’y a comme un malaise.

Enfin, parce-qu’elle est loin de tout, l’Australie est souvent oubliée ou à la traîne. C’est particulièrement flagrant dans les télécoms et internet avec des forfaits illimités qui peinent à apparaître et un débit vers les serveurs (souvent US / EU / Asie) tout minable. Ça se ressent dans le commerce aussi, avec beaucoup de produits introuvables. On se retrouve souvent face à des sites marchands ou des prestataires qui découpent le monde d’une telle manière que l’Australie n’est pas prise en compte ou alors tombe dans la catégorie tiers-monde.

Y a-t-il des clichés que tu voudrais confirmer et/ou contredire sur l’Australie ?

Il est facile de penser que l’Australie est très « à l’Américaine » que ce soit au niveau des mentalités, du style de vie, ou de la bouffe. C’est peut être plus le cas dans les zones rurales, je suis pas allé voir de trop près, mais dans les villes c’est vraiment pas le cas. Il y a certainement les bogans (les « rednecks » australiens) et des problèmes d’obésité, mais pour ça comme pour le reste, l’Australie fait les choses à sa manière.

Par contre si on vous a dit que les Australiens avaient un accent un peu space on s’est pas foutu de vous. C’est rarement un problème mais quand on tombe sur un cas ça pardonne pas, surtout dans une situation professionnelle délicate (allez donc faire répéter cinq fois au général trois étoiles chacune de ses phrases et demandez lui de bien articuler surtout, c’est une expérience unique).

As-tu adopté certaines habitudes locales depuis que tu vis là-bas ?

J’ai pas tellement recensé d’habitudes particulièrement locales ou tics de langages, mis à part… Un bon steak de kangourou parfois :)

A quoi ressemble ton quotidien ?

En semaine c’est du classique, je bosse de généralement 10h à 18h, avec parfois restau et / ou ciné le soir.
Le weekend c’est souvent brunch le matin dans un bon café (Melbourne en regorge). Passage au marché pour faire le plein de produit frais pour la semaine, et puis c’est l’occasion de vois les amis, travailler sur ses projets perso, et faire une grande bouffe le dimanche soir.

Sur les rives de la Yarra

Sur les rives de la Yarra

Ressens-tu parfois le « mal du pays »? Si oui, pourquoi ?

Parfois je regrette un peu être si loin, de la famille, de certains amis, des bons produits Français aussi.
Mais pas au point de me sentir déraciné.

Quels sont tes projets sur le long terme ?

Je songe justement à renouveler l’expérience en allant m’implanter autre part, un autre pays anglophone probablement. C’est principalement une motivation professionnelle mais je ne boude pas l’idée de revivre une période de découverte. Un autre tour de manège.

Quels sont les conseils que tu donnerais à tous ceux qui aimeraient s’expatrier ?

Étudiez un peu les visas à l’avance. Pas juste celui d’arrivée mais aussi le suivant, ça pourrait vous éviter bien des tracas.
Si vous êtes pas certain de votre anglais testez-le en situation réaliste, en regardant des films sans sous-titres, en écoutant des audio-books, en rejoignant des groupes de conversation. Ce serait bête de découvrir une fois sur place que ça vous saoule.
Prévoyez un mode de logement au moins pour les deux premières semaines. Les auberges de jeunesse sont souvent pleines alors n’oubliez pas le plan B.

© Crédit photos, légendes et commentaires : Yann.

Cet article vous a plu? N’hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous!
Et si vous souhaitez également témoigner, contactez-moi pour qu’on en discute :)

Publicités


Catégories :Interviews d'expats

Tags:, , , , , , ,

9 réponses

  1. Salut Selim,
    Je suis comme toi en train de me poser des questions sur le coût de la vie, mais pour une autre destination. Dans mes recherches j’ai trouvé ce site qui m’a parut plutôt juste en ce qui concerne Melbourne (http://www.numbeo.com/).

    Le prix des colocs varie grandement selon l’emplacement. Proche du centre c’est 350-450 AUD par semaine charges non-comprises, mais à vingt minutes de train on peut trouver quelque chose de correct aux alentours de 250-300. C’est possible de partager des chambres aussi. Le mieux c’est de regarder sur gumtree pour te faire une idée.
    Il me semble que tout le monde finit par trouver, ca peut prendre un mois parfois mais cela dépend aussi de ta flexibilité, notamment envers ton choix de colocataires et leurs valeurs domestiques.

    Est-ce que ça vaut le coup n’est hélas pas generalisable. Au niveau qualité d’études mon experience est bien trop limitée et spécifique pour être représentative (je ne suis jamais allé à la fac par exemple donc c’est dur de comparer). Idem pour le CV, je n’ai pas encore postulé en France pour constater une quelconque valeur ajoutée. Ce que je peux te dire en revanche c’est que l’expatriation même à moyen terme me semble judicieuse si elle est basée sur un désir personnel fort. L’enrichissement qui en découle est avant tout personnel plutôt qu’une opportunité de carrière (sauf si le domaine s’y prête particulièrement mais tout le monde ne fait pas dans l’industrie minière ou la biologie marine). D’autres que moi peuvent certainement apporter leur point de vue dans la mesure ou l’Australie n’est pas si différente d’autres destinations pour ces questions là. Mon ressentit est qu’il vaut mieux considerer la chose comme un fin en soi plutôt qu’un moyen. Au delà de ça c’est dur de prédire.

    J’espère que tout ça t’apportes quelques éléments de réponse ;)

    J'aime

  2. Bonjour, c’est possible d’avoir le contact de Yann ? Je pense partir étudier à Melbourne et j’ai donc quelques questions s’il est dispo.
    Merci d’avance

    J'aime

    • Bonjour Selim,
      Je suis ravie que tu ai aimé son interview. Je te propose de lui poser tes questions ici, je suis sûre qu’il sera ravi de te répondre :)
      De cette manière, les lecteurs dans ton cas qui n’auront pas osé poser leurs questions auront peut-être aussi leurs réponses. De plus, c’est un excellent moyen d’illustrer l’article par la même occasion!

      J'aime

      • D’accord ! Mes questions sont donc les suivantes :
        – Au niveau du coût de la vie pour un étudiant, tu dirais que ça revient à combien par mois pour la nourriture+forfait mobile/internet+charges (électricité, eau, transports) ?
        – Se loger revient à combien en moyenne et est-il facile de trouver une colocation ?
        – Est-ce que ça vaut le coup de faire ses études là-bas au lieu de les faire en France ? Est-ce que ça rajoute beaucoup au CV ou pas tellement ?

        Voilà c’est les questions que j’ai en tête en ce moment et dont je ne trouve pas la réponse sur internet.

        Merci d’avance

        J'aime

  3. Hello

    Très sympa ce nouveau post, je me suis cru en Australie le temps de ma pause midi ;)

    ça donne envie d’y aller en tout cas, ne serait-ce que pour aller voir comment se passe la vie là-bas.

    Vivement les prochains posts sur ce thème :)

    J'aime

  4. Aller vivre et travailler à l’étranger ce n’est pas pour moi (question de caractère, je me connais, j’aime trop la France pour la quitter ou avoir envie de partir même un temps). Je comprends en tout cas ceux qui le font, je le respecte et je suis même admiratif de ce qu’ils vivent et de leurs expériences. Ce genre d’articles est vraiment excellent en tout cas, j’aime beaucoup :-)

    Bisous

    J'aime

Rétroliens

  1. [ALLEMAGNE] La vie à Munich, par Camille « SWITG.ME
  2. [CANADA] La vie à Montréal, par Vanessa | SWITG.ME

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :